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Oui, je vais m'en occuper de ce portail "télévisé" pour les écrivains qui ne passent pas à la télévision officielle


Extraits... d'un roman... Référence en dessous... Si ce style vous parle...

Je n’ai vu qu’une partie de leur histoire. Je n’en sais presque rien. Même de ce qui me concerna. Parlaient-ils parfois, malgré tout, de moi ? Autrement qu’en insultes ? Je dois me limiter à écrire avec ce qu’il me reste de cette époque-là. J’ai peut-être même « oublié » des instants qui l’éclaireraient plus précisément ou autrement. Ces faits ont existé. Rien de plus. Ils ne me concernent plus. Ils ne concernent plus personne. Du passé. Ce passé peut juste nous aider à ne pas répéter les mêmes erreurs. J’en garde néanmoins une « certaine sensibilité. »
Ainsi je m’effondre quand un lundi matin Mayline, devant sa porte, me lâche « tu m’oppresses », car je l’ai embrassée et des voisins auraient pu l’apercevoir alors que son divorce n’est pas prononcé. Je réagis d’un sourire crispé, qu’elle interprétera naturellement comme un simple sourire et bredouille « si jamais personne ne t’oppresse plus que cela ce sera le Bonheur. » Quelques jours plus tard je devais revenir. Elle m’a mis en pause. Ajoutant même par mail : « Il faut vraiment que tu me laisses une respiration. » et ne répondant plus à mes appels.



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La peur de le rater. Mais que lui ne me rate pas.
Même quand il était allongé dans le couloir, ronflant dans son vomi, il m’apeurait. Hantise de l’enjamber, opération nécessaire pour atteindre l’escalier, crainte qu’il se retourne et avec ses grandes pattes me fasse valdinguer. Toujours la tête contre cette porte d’entrée, je ne l’ai jamais vu dans l’autre sens, comme si elle lui assurait une ventilation. Ou alors pressentait-il mes pensées « s’il était dans l’autre sens, je pourrais lui enfoncer un couteau dans la gorge et le saigner comme un cochon » ?
Un réflexe de l’époque algérienne ?
De toute manière, je n’aurais pas osé, j’en suis persuadé : ma main tremblait rien qu’à prendre un couteau ; j’étais un enfant traumatisé.



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Je me souviens : sur France-Inter, la mère de « l’assassin présumé » racontait avoir demandé de l’aide au commissariat, à SOS médecins, à l’hôpital psychiatrique…
Personne ne pouvait intervenir.
Tous connaissaient la schizophrénie de son fils mais aucun de ses petits délits ne suffisait pour intervenir. Il fallait le laisser s’enfoncer un peu plus pour le rattraper ensuite.
Désormais, ils peuvent ! La mère est éplorée, dégoûtée aussi, et s’en veut de ne pas avoir pu éviter le pire. Son fils est « l’assassin présumé » d’une infirmière et d’une aide soignante. Décapitées. La non assistance a toujours de bonnes raisons pour regarder ailleurs. Il existe des numéros verts mais depuis vingt, trente ans, fondamentalement, rien n’a changé. La protection préventive. Comprenez : la protection préventive.



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Je me souviens : la sœur de la victime en est persuadée : dans la cité certains savaient ; le « gang des barbares » y régnait ; certains savaient qui avait kidnappé un jeune homme pour demander une rançon ; personne n’a dénoncé ; ils ont tué son frère.


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Je me souviens des soldats de la force internationale chargés de protéger les populations. Des fanatiques assoiffés de sang sont arrivés mais la force internationale avait reçu l’autorisation de tirer uniquement en état de légitime défense, donc ils n’avaient pas le droit de tirer en premier. Même quand les populations furent massacrées, exterminées.



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Début décembre 2005 Karen Montet-Toutain, enseignante de 27 ans, avait envoyé un mail à son inspectrice académique.
« Je ne me sens plus en sécurité. Cela va même jusqu'à des menaces, à mon encontre ou vis-à-vis de ma famille, j'ai essayé toutes sortes d'activités et d'attitudes avec ces classes et rien ne semble pouvoir améliorer le comportement de ces élèves. »
Le 16 décembre 2005 elle est agressée, dans la salle 109 du lycée professionnel Louis-Blériot à Étampes (Essonne), par un élève BEP-vente, à coups de couteaux.
Elle hurlera sa colère contre l'Éducation Nationale, estimant le proviseur du lycée responsable de son agression, et l'institution coupable de ne pas l'avoir protégée dans l'exercice de ses fonctions.
Elle porta plainte contre X, pour « non-assistance à personne en danger. »



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Je me souviens : certains savaient le sang contaminé. Et pourtant les stocks devaient être vendus. Logique économique.
Je me souviens l’hormone de croissance. Je me souviens l’amiante. Je sais les ondes qui nous inondent et les bénéfices pharaoniques des opérateurs téléphoniques. Et le salaire de Karine, petit rouage informatique de leurs facturations internationales.



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Ils ne sont pas intervenus. Elle me répond « personne n’aurait pu intervenir. » Elle avait sept ans. Il l’a « abusée. » Il est toujours vivant. Elle le croise encore parfois. Ça c’est passé à Montauban. Durant les vacances d’été chez ses grands-parents. Elle m’a caché son nom. Un cousin je suppose. Uniquement le père de sa fille et moi savons. Je sais car elle m’a pensé « l’Homme de ma vie. » Et pourtant, elle m’a jeté. Jeté oui.
Je lui écris : il faut dénoncer. Même 25 ans plus tard. Et si ta fille subit le même sort ? Dénoncer pour que d’autres fillettes ne subissent pas le même outrage. C’est lui le coupable, pas toi. La victime a souvent peur de quitter le rôle assigné : si tu parles tu seras mise à l’index ! C’est difficile mais les conséquences du silence sont si néfastes…
Je suis déjà en pause quand je lui envoie ce mail. Resté sans réponse. Comme elle n’a pas réagi au texte de chanson inspiré de son drame.

Je l’ai connue 20 ans plus tard

Je l’ai connue
20 ans plus tard
Elle a voulu
Sortir de son cafard
Elle n’a même pas pu
Me dire je t’Aime
Elle est restée
Dans ses problèmes

Elle avait 7 ans
Elle a cru qu’c’était un jeu
Comme il voulait elle a fermé les yeux
Il lui a dit je t’aime
Il l’a déshabillée
Elle a eu mal